Max et les Maximonstres

Monkey” (singe). Le seul mot qui définit Max et les Maximonstres selon Spike Jonze. Et pourtant, c’est avec un déguisement de loup en peluche que Max, l’enfant héros va se laisser porter par ses rêves les plus fous à la découverte d’amis peu ordinaires.

Avec le jeune Max Record et ses maximonstres, Spike Jonze mêle tendresse et brutalité du monde de l'enfance.

Le cinéaste aux multiples casquettes signe une adaptation de l’album illustré, Where the wild things are (titre original), écrit par Maurice Sendak : un incontournable de la littérature pour enfants aux Etats-Unis depuis les années 1960. Le producteur de la série casse-cou Jackass rend hommage au livre que sa maman lui lisait petit, aux dessins qui le hantaient la nuit. On en mangerait presque du monstre moche et gentil, gros balourd à tendance susceptible.

Spike Jonze a voulu rester fidèle aux personnages du livre de Maurice Sendak (Where the wild things are, 1963).

Et c’est bien ce que le petit garçon recherche. Un monde bien à lui avec tout plein d’amis. Sa grande soeur, adolescente bien trop préoccupée par l’éveil des sens, et sa mère, trop attendrie par son nouvel ami n’ont que faire de ses intrépides rêveries. Alors que Max est puni, au lit sans manger, l’aventure au pays des rêves commence. Max à la vie comme à l’écran, porte à merveille (et pour un premier rôle au cinéma) la complexité espiègle et tendre de cettecandeur pétillante : Record c’est son nom, nous le reverrons !

Max au pays des monstrueuses merveilles vogue sur sa barque comme un Peter Pan entre les cumulus. Carol, l’un des sept monstres version XXL a la tête ronde et le même sourire que le chat méchant d’Alice.

Oui mais ! Cette fable fantastique semble moins s’adresser aux 7 qu’aux 77 ans. Spike Jonze a même dû revoir l’apparence de ses grosses bêbêtes jugées traumatisantes après un test auprès du jeune public. L’analyse psychanalytique inhérente au scénario (absence du père, recherche d’un bonheur irréalisable, l’homme est un loup pour l’homme et les maximonstres) offre une illustration plutôt légère des thèses de “papy Freud”. Ces créatures incarnent les peurs et sentiments du petit intrépide comme un miroir déformant. La solitude de KW, la jalousie de Carol (on remarquera les prénoms un peu tirés par les poils de celles-ci), la sournoiserie de Judith : toutes ces caractéristiques humaines s’associent avec complexité à la brutalité simiesque de ces peluches géantes. C’est la que tout bascule.

Le regard de celui qui aime se mettre dans la peau de…* intervient alors. Spike Jonze convoque toutes les sensations enfouies de l’adulte frustré et endormi. Il revient vers ce monde dont seuls les rêves ont le secret. Succession improbable de vierges paysages : un désert jaune poussin, propice à de somptueux travellings comme cette marche silencieuse et épurée de Max et Carol qui croisent un chien géant sans grande importance. Désert “naturellement” situé à l’orée d’une forêt de pins, parfait terrains de jeux des maximonstres-sauteurs et troueurs de troncs. Désert “naturellement” situé en bordure de plage.

Des images sublimement accompagnées par une bande original enlevées et déjantée signée Karen O and the Kids. Une virée brute d’enthousiasme et de dynamisme vers l’infiniment merveilleux et l’au-delà nostalgique d’une jeunesse perdue. Et quand la caméra vient se ponter derrière le crâne de Max perdu dans ses pensées, on décolle avec lui.

* Spike Jonze a réalisé Dans la peau de John Malkovich (1999).

Sarah Lefèvre.

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