Le Québec pique sa crise du disque

Campagne de sensibilisation contre le piratage (Adisq, 2009)

Baisse des ventes de disques, téléchargement illégal, augmentation du cachet des artistes, du prix des places de concert… Le monde musical n’est pas plus rose de l’autre côté. La diminution des ventes de disques est encore plus importante au Québec et pourtant on semble moins s’agiter qu’ici.

Fier de ses artistes, le Québec résiste toujours à l’influence musicale étrangère, comme l’explique Laurent Saulnier vice-président à la programmation des FrancoFolies et du Festival International de Jazz de Montréal chez Spectra. Assurancetourix serait dans tous ses états :

En toile de fond de l’industrie québécoise : le numérique ne paie pas la musique.

Le jeune chanteur vedette québécois Pierre Lapointe avoue qu’il a vu venir « la panique » il y a peu. Une crise plus tardive au Québec qu’en France.

L’Adisq (Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo) regroupe des membres de l’industrie du disque au Québec. Dans son dernier rapport annuel, elle annonce une baisse des ventes de disques de 38% entre 2005 et 2008 dans la province canadienne. Les titres numériques vendus pour la même période ont au contraire connu une augmentation de 240%. Et cette tendance n’en finit pas de s’intensifier.

De nouveaux réflexes de consommation apparaissent : on télécharge au détail sur Internet. Le single a disparu ou presque de la circulation. Pas de problème, le tube à télécharger à tout moment l’a remplacé. L’album version numérique quant à lui reste au placard.

Hadopi, un équivalent au Québec ?

La baisse des ventes de disques est proportionnellement plus importante au Québec qu’en France chaque année : entre 2007 et 2008, on y a vendu 17,2% d’albums en moins contre 13,8% dans l’hexagone. « Pour moment, ce n’est pas une affaire d’Etat au Canada. » Pour Solange Drouin, Directrice générale de l’Adisq, l’initiative française est « porteuse d’espoir ». Elle admet néanmoins : « Mais ça a une portée politique, on n’y est pas encore au Canada. »

Pour le moment, seule la loi sur le droit d’auteur protège les œuvres musicales au Canada. Une conception bien différente de celle d’Hadopi : « nous les producteurs québécois, on a décidé de ne pas s’attaquer aux internautes, mais aux entreprises de service. » C’est-à-dire les fournisseurs d’accès Internet (FAI). Tous s’accordent à dire que ces à eux de reverser une part des abonnements à l’industrie musicale.

Des affaires à faire du côté de la promotion  numérique

Les produits dérivés, ça ne fonctionne pas au Québec. « Il n’y a pas vraiment de grande maison d’édition » regrette Pierre Lapointe.

Cet « opportunisme » n’est pas d’usage. Ou plutôt ne l’était pas du tout avant. Les choses ont changé : « il y a plusieurs années, des chanteurs auraient refusé de vendre leurs titres à des publicitaires, mais aujourd’hui, le contexte difficile les y pousse, admet Solange Drouin.» Avantages : plus d’argent et plus de visibilité.

Il faut être « rattoureux » comme on dit au Québec ou « avoir plus d’un tour dans son sac ». Finalement rien de bien original par rapport au reste du monde : optimiser la force de frappe des réseaux sociaux, Facebook, Twitter, myspace… Soudain le ton de Solange Drouin s’emballe : « On vient de faire l’inventaire des nouveaux services numériques. Pour le dernier mois, on en a compté 16. »

Au Québec, on s’adapte au marché du net, aucune intiative n’est encore en place pour concurrencer les « radios intelligentes » comme Deezer ou le Goliath iTunes qui répertorie plus de 8 millions de titres à télécharger.

Le festival pour la victoire de l’industrie de la musique.

Pour Pierre Lapointe c’est sûr, les tournées, c’est la seule façon de bien vivre.

Saulnier est du même avis que Lapointe au sujet de la rentabilité des spectacles et Drouin y voit une nouvelle tendance :

Laurent Saulnier est responsable de la programmation des FrancoFolies de Montréal : 60 spectacles en salle et 175 concerts extérieurs gratuits en 10 jours, le rendez-vous phare de la scène francophone au Canada.

Son constat : « la festivalisation des spectacles et de la culture en général. » En ce qui concerne les festivals, pas de problème : ces événements rassemblent les foules autour de plusieurs artistes et assurent la promotion des plus jeunes d’entre eux, qui seuls ne pourraient remplir les salles.

L’histoire n’est pas si simple : « L’industrie du spectacle, si l’on parle des festivals ça va, mais en dehors ce n’est pas si rose que ça en a l’air. » En somme, plusieurs facteurs expliquent pourquoi les concerts connaissent eux aussi une baisse de régime. La baisse des ventes de disques entraîne l’augmentation du cachet des artistes et du prix des places de spectacle. Les jeunes artistes en début de carrière ne sont pas concernés par cette tendance.

Un fossé se creuse peu à peu entre le succès remporté par les tournées-événements et la culture identitaire québécoise. Le star system québecois et celui des Madonna-Lady-Gaga se livrent une lutte sans merci à Montréal. Les derniers de la classe : les petits nouveaux. Peu importe les prix, « certains préfèrent aller voir un spectacle à 350$ par an, plutôt qu’une dizaine à 40$ ».

Joli paradoxe : « Il y a quelque chose de beau dans tout ça », admet Solange Drouin, en référence à un sondage publié récemment dans La Presse. Les jeunes québécois n’ont jamais écouté autant de musique qu’aujourd’hui.

Et les ventes n’ont jamais été aussi basses.

Alexandre Dumont-Blais et Sarah Lefèvre

Pour lire le dossier complet « Industrie Musicale : où est passé l’argent » réalisé par les étudiants de l’ESJ, cliquez ici.

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