Soul Kitchen, la cerise de Fatih Akin

Après les sombres Head on (2004, Ours d’Or à Berlin) et De l’autre côté (2007), Fatih Akin, jeune réalisateur allemand d’origine turque, s’accorde une pause comédie inédite et réussie avec Soul Kitchen. Le film a reçu le Grand prix du jury de la 66e Mostra de Venise en 2009.

Zinos (à gauche) doit embaucher son frère Ilias (à droite) dans son restaurant pour que celui-ci puisse sortir de prison.

Au menu, poisson pané et frites surgelées. La fumée embaume le vieux hangar désaffecté. Plus d’assiettes en porcelaine : elles ont explosé dans le vieux lave-vaisselle. Tant pis, les soupières de grand-mère feront l’affaire.

Le rideau se lève sur des fourneaux crasseux, un jeune cuistot plus bedonnant que gourmet… Zinos a tout investi pour ouvrir son Soul Kitchen (“cuisine de l’âme”).Dans un quartier en friche de la banlieue de Hambourg, une ville que Fatih Akin “ne quitterait même pas pour New York”, ce restaurant aux allures d’entrepôt incarne à la perfection ce jeune Allemand d’origine grecque : un style plutôt sommaire rappelant les seventies en Allemagne de l’Ouest et des assiettes aussi généreuses en matière grasse que ses grosses joues enrobées de rouflaquettes. Un “taudis” qui n’arrive pas à point nommé selon Nadine : elle part vivre à Shanghaï. Voilà Zinos paumé, le cœur chamboulé.

Adam Bousdoukos campe à la perfection la naïveté et l’enthousiasme sans limite de Zinos, à qui rien ne semble réussir. Il écope, par exemple, d’une hernie discale carabinée en voulant remplacer son lave-vaisselle-casseur-d’assiette et de la démarche de robot désarticulé qui va avec. Rien à faire, il continue à marcher. Et pour notre plus grand bonheur : le rire. L’acteur, lui-même Allemand d’origine grecque, est un ami de longue date de Fatih Akin, avec qui il avait déjà tourné l’Engrenage. Anecdote biographique et non anodine : il a lui-même géré un restaurant à Hambourg « La Taverna », qui aurait inspiré le réalisateur dès 2003.

Un marathon “gastronomico-musico-burlesque” emporté par une pléïade de personnages tout aussi délurés qu’attachants. Le frère de Zinos, Ilias (Moritz Bleibtreu), caricature du gentil brigand cupide et coureur de jupons, doit absolument trouver un emploi pour sortir de prison. Le cuistot fou, Shayn (Birol Ünel), fin gastronome aux méthodes kung-fu, décide de transformer le poisson pané en filet à la méditerranéenne, un bouleversement culinaire qui déplaît aux habitués. Un ancien copain de lycée, promoteur immobilier véreux, entend bien racheter les murs du Soul Kitchen pour tout raser. Sans oublier, le vieux loup de mer raqué, qui fait partie des murs et de toutes les soirées… tous posent problème à Zinos, chacun à leur manière. Erreur de jugement ou mauvaise décision, peu importe, chacun relance le scénario à un rythme effréné avec toujours la même idée : la vie doit continuer et même avec le dos vrillé.

Et pas de Soul Kitchen sans “soul music”, la musique de l’âme. A chaque chapitre sa pointure musicale, pour une compilation éclectique et ô combien efficace : Kool and the Gang, Louis Armstrong, Burning Spear… musique des Balkans avec Shantel. Un rythme dynamité et décontracté qui colle parfaitement au cours agité et décalé de cette vie gonflée.

Le Soul Kitchen. Un bouillon de cultures que Zinos ne supporterait pas de fermer. Soul Kitchen. Une de ces “nourritures de l’âme” qui nous donne envie de danser, un bon dessert que l’on aimerait plus gros, comme tous ces bons moments que l’on a envie de prolonger.

Sarah Lefèvre.

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