Le monde selon Reza : photographe, Iranien et exilé

Reza par Mark Thiessen, National Geographic

Reza est aujourd’hui un photographe de renom, connu pour ses reportages de guerre et l’humanité avec laquelle il retranscrit les situations de crise. En 1979, année de révolution islamiste en Iran, il est contraint à l’exil, alors qu’il commence tout juste à vivre de ses photos. C’est en France qu’il vient trouver refuge.

« Reza », une signature d’artiste : pourquoi ne pas avoir gardé votre vrai nom ?

C’est un peu comme Jean-Pierre ou Jean-Claude en France. C’est un nom très commun et qui passe inaperçu en Iran. Et pour des raisons de sécurité ce n’était pas négligeable avant que je quitte la pays.

Vous êtes reporter depuis plus de trente ans, avez parcouru le monde et couvert de nombreuses zones de conflit… Une rencontre vous a t-elle plus marquée que les autres ?

Pendant la grande guerre du Liban dans les années 1980, j’ai photographié deux petits frères de 7-8 ans. L’un avait été tué, l’autre mutilé à cause de bombardements. Quelques semaines plus tard des médecins Norvégiens sont arrivés. En quelques jours, ils ont mis sur pied un hôpital pour enfants. L’un d’entre eux, un jour, est venu me voir et m’a demandé si j’étais photographe. Je me suis présenté et là il m’a dit : « Ah ça me dit quelque chose, je suis là à cause de photos publiées dans un de nos journaux ». J’ai lu ce journal et les photos publiées étaient les miennes. J’ai retrouvé la photo de ces deux frères. Elle avait sensibilisé l’opinion publique en Norvège sur la situation au Liban. J’étais heureux, j’en avais les larmes aux yeux comme lorsque j’ai vu ces deux enfants pour la première fois.

Vous avez quitté l’Iran pour Paris en 1979. Envisagez-vous d’y retourner ?

Je n’y ai jamais renoncé. Mais pas dans ces conditions… Pas maintenant ! Pour le moment, je veux continuer à apporter une voix démocratique sur la scène internationale grâce aux conférences que je peux donner.

Nucléaire, islamisme, manifestations de l’opposition… En France, l’image diffusée de l’Iran est surtout politique…

J’observe depuis trente ans la façon de fonctionnner de l’État français. Sur la scène internationale, il joue toujours entre politique et commerce. S’il y a des contrats, c’est magnifique, sinon on ne s’y intéresse plus. Il agit en Etat voyou, dans son unique intérêt et perd toute sa crédibilité. C’est toujours la même chose : on attire l’attention sur une chose en particulier, la burqa par exemple. Ou encore cette fameuse identité nationale, un débat qui n’est pas compris à l’étranger. Tous les journalistes que j’ai rencontrés le trouvent aberrant.

Quelle autre image vous paraît le plus convenir à l’Iran ?

L’Iran renferme une culture vieille de plusieurs milliers d’années. Une culture profonde et ancienne. Nous avons gravé la convention des droits de l’homme dans la pierre bien avant la France. Il y a près de 2500 ans. L’Empire perse a joué un rôle important dans l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui la roue tourne, c’est l’Occident qui est devenu arrogant.

Selon vous, Mahmoud Ahmadinejad ne fait pas preuve d’arrogance sur la scène internationale  ?

Pour moi cet homme n’est pas iranien. C’est le petit voyou, lui. Tout ce qu’il dit et fait c’est pour le local, pour l’opinion publique. Chacun de ses discours s’adresse à ses électeurs.

Propos recueillis par

Sarah Lefèvre.

Repères :

26 juillet 1952 : Naissance de Reza à Tabriz en Iran. A 14 ans, il commence la photographie en autodidacte.

1970-1979 : Un baccalauréat scientifique en poche, il entame des études de physique puis d’architecture puis se consacre entièrement à la photographie.

1979-1988 : Menacé par le régime iranien, Reza quitte son pays et vit à Paris lorqu’il n’est pas en reportage pour Newsweek ou le Time Magazine.

1989-1990 : Il s’engage pour le programme humanitaire des Nations Unies (Unicef) puis travaille pour le National Geographic Magazine.

2009 : « Guerre+Paix » présente au Mémorial de Caen une rétrospectve de ses trente dernières années de vie à la recherche d' »histoires d’hommes ».

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