« Bienvenue ! Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? »

Rencontre avec un peintre stambouliote, polyglotte, prolifique et loufoque. A 62 ans plus rien n’étonne Ilhami Atalay. Lui n’a pas manqué de nous surprendre.

A deux pas de Sainte-Sophie, et de sa horde de touristes, Ilhami Atalay nous reçoit dans sa Sanat Galerisi, enfoncé dans son fauteuil. La théière fume sur le poële, l’artiste est toujours prêt à recevoir amis ou touristes égarés.

« Je suis né peintre ! »

Barbe généreuse, regard mutin, l’artiste à la main habile et de longues années de pratique derrière lui. D’Istanbul à Berlin, il a paufiné son art. Les toiles s’entassent dans sa galerie. Mais ne se ressemblent pas. Les figures géométriques (« ce sont des yeux de poisson ») côtoient les sultans de la grandeur ottomane et les portraits de femmes de sa jeunesse. Fusain, encre, huile, acrylique, crayon… mais une technique de prédilection : le collage, de tissu, de cuir, d’articles de journaux, qui séduisent en Turquie comme ailleurs.

Ilhami devant son oeuvre favorite : le cerveau. (Photo Sarah Lefèvre)

 

Avec fierté, il feuillette son book. Un brin malicieux, il s’arrête sur des chevaux au galop : « Cette toile, c’est le Premier ministre turc qui me l’a achetée. » Sous chaque reproduction, il prend soin de noter le nom, la nationalité et les coordonnées complètes de chacun de ses acheteurs. Ici un collectionneur australien, là un industriel français. « Si tu achètes, toi aussi tu auras ton nom en bas de la page. » Entre 300 et 1 000 euros la toile : les chefs d’entreprises font la part belle aux étudiants fauchés.

« Ma fille ne me trouve pas assez fou »

L’artiste s’exporte certes, mais Istanbul reste son son lieu de prédilection. « Istanbul est géni

al pour l’inspiration, on ne s’en lasse jamais. » Il y est ancré depuis 1984, date à laquelle il s’est installé dans sa vaste galerie. D’ailleurs sa fille a ouvert la sienne à deux rues. « Elle trouve que mon art est trop gentil. Elle n’écoute pas mes critiques, et n’aime pas mes peintures. Elle voudrait que je sois plus fou ! » Sa fille, ses deux fils, sa femme, ses neveux… « Nous sommes des peintres génétiques » s’exclame-t-il.

C’est à ses élèves qu’il prodigue ses conseils. Et ils n’ont qu’à bien se tenir. « Il se met parfois en colère » avoue l’un d’eux juste avant que le maître débarque dans la salle et barbouille frénétiquement la toile quasi blanche de son élève docile.

Elsa bastien & Sarah Lefèvre

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